Aller au contenu principal

Guide du jumelage

Relancer un comité de jumelage : comment redynamiser un jumelage qui s’essouffle

Un comité de jumelage s’essouffle rarement d’un coup : les mêmes bénévoles portent tout, les échanges se resserrent sur quelques habitués, et la relation avec le comité partenaire se limite aux visites officielles. Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a fait de ce constat l’une des raisons de son Fonds de soutien aux jumelages. Pour redynamiser un jumelage, il faut un diagnostic honnête, une place réelle pour les jeunes, un projet commun avec le partenaire et un calendrier de financement tenu.

  • Par Gharib Benabid, fondateur et gérant
  • Mis à jour le 
  • 10 min de lecture

Pourquoi tant de comités s’essoufflent-ils ?

Le constat est officiel. En présentant le Fonds de soutien aux jumelages, le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères relève l’essoufflement de nombreux comités de jumelage, qu’il attribue en partie à la difficulté du renouvellement générationnel, ainsi que l’inadaptation des financements existants aux petites communes. Le fonds affiche un objectif explicite : revitaliser et pérenniser l’activité des jumelages.

L’AFCCRE, qui anime le mouvement des jumelages européens en France, décrit les mêmes fragilités dans son guide pratique. Un jumelage repose à la fois sur un engagement politique entre deux collectivités, sur des animateurs bénévoles et sur l’adhésion des acteurs locaux. Que l’un des trois faiblisse, et le reste suit : une nouvelle équipe municipale qui ne voit plus l’intérêt du jumelage, des contretemps qui annulent un échange au dernier moment, des difficultés financières, des divergences avec le partenaire, des bénévoles moins nombreux.

Relancer, c’est donc agir sur les trois à la fois. Une fête de plus n’y suffit pas.

Par où commencer : le diagnostic

Avant de proposer quoi que ce soit, le bureau regarde les dernières années en face. L’AFCCRE conseille d’analyser les échanges déjà réalisés et de repérer les «habitués », pour identifier ceux qui n’ont jamais eu l’occasion de participer. Le diagnostic se présente ensuite en assemblée générale, chiffres à l’appui : il donne au bureau un mandat clair pour changer ce qui doit l’être. Six questions le structurent.

  • Qui participe ? Nombre d’adhérents, âge, ancienneté, familles d’accueil réellement actives, nouveaux visages à chaque échange.
  • Qui ne participe pas ? Les jeunes, les nouveaux habitants, certains quartiers, les associations jamais sollicitées.
  • Que reste-t-il du lien avec le partenaire ? Un contact qui répond, un comité en activité de l’autre côté, ou une relation entre deux présidents seulement ?
  • Où en est la relation avec la commune ? Convention à jour, subvention justifiée chaque année, élu qui suit le dossier.
  • Que pèse la charge sur le bureau ? Qui prépare l’assemblée générale, les dossiers, l’accueil, les comptes : toujours les mêmes trois personnes ?
  • Que reste-t-il des archives ? Programmes, budgets, listes de familles, contacts : ce qui n’est écrit nulle part repart de zéro à chaque changement de bureau.

Reprendre la relation avec le comité partenaire

Le comité d’en face traverse peut-être les mêmes difficultés. Une relance ne se décide donc pas seul : elle se prépare avec lui, en commençant par une réunion de travail, sur place ou à distance, entre les deux bureaux et les élus chargés du jumelage.

L’AFCCRE propose une méthode simple : une réunion commune chaque année, qui fait le bilan de l’année écoulée et met à jour un plan d’action sur trois ans. Pour la première année, les échanges se préparent concrètement ; pour la deuxième, les invitations et un préprogramme sont arrêtés ; pour la troisième, les pistes et les priorités sont posées. Chaque comité sait ainsi ce qu’il reçoit, et quand il part.

Si la commune partenaire a changé de maire, l’AFCCRE conseille un courrier de félicitations qui rappelle l’intérêt du jumelage pour les deux communes, et une invitation rapide. Si le partenaire demande une pause pour se réorganiser, mieux vaut l’accepter ouvertement : l’AFCCRE envisage la mise en sommeil d’un partenariat, avec un point fait de temps en temps, plutôt qu’une activité de façade.

Comment rajeunir les adhérents ?

En donnant aux jeunes des responsabilités, pas des places. L’AFCCRE observe que de plus en plus de comités créent une section jeunes, chargée des actions destinées aux jeunes de la commune, et elle en pose la condition : que les jeunes y soient acteurs à part entière, et non «consommateurs » d’échanges. Elle en note aussi les limites : les jeunes sont mobiles, et se sentent parfois à l’étroit dans une structure. Il faut alors les mobiliser projet par projet. Cinq leviers s’offrent au comité.

  • Associer les jeunes dès la préparation d’un projet qui les concerne, sans cadre formel, et leur confier une part réelle de l’organisation : programme, encadrement, budget.
  • Solliciter le conseil municipal des enfants ou des jeunes, quand la commune en a un.
  • Appuyer les projets individuels (stage, emploi d’été, volontariat dans la ville partenaire) avec le réseau du comité : une entreprise ou un service municipal qui accueille, une famille qui héberge.
  • Faire entrer les parents : une famille qui accueille un jeune du partenaire est un adhérent possible.
  • Ouvrir le bureau : confier un poste, la communication par exemple, à un jeune adulte change la façon dont le comité parle de lui.

Échanges scolaires et rencontres de jeunes : qui dépose quoi ?

Les jeunes reviennent au jumelage par les échanges. Encore faut-il connaître le bon guichet, car ce n’est pas toujours le comité qui dépose. Le comité garde un rôle propre : trouver des familles d’accueil, faire le lien avec le comité partenaire, organiser une soirée ou une visite commune. L’établissement, lui, garde la main sur le contenu : l’AFCCRE rappelle qu’il ne s’implique que s’il y trouve un intérêt pédagogique et des enseignants disponibles. Proposer d’emblée l’appui logistique du comité peut aider à convaincre une équipe.

Hors du cadre scolaire, l’OFAJ invite à donner un thème aux rencontres (climat, inclusion, numérique, démocratie, avenir de l’Europe) et à associer les jeunes à leur conception, à leur déroulement et à leur suite. Trois cas se présentent.

  • Échange scolaire avec l’Allemagne, au domicile du partenaire : l’établissement dépose la demande sur la plateforme Scolari de l’OFAJ, sous le contrôle du rectorat, en général à l’automne pour l’année civile suivante. Seul le groupe qui se déplace demande la subvention. Le programme dure de 4 à 21 jours, pour 35 élèves subventionnés au plus.
  • Rencontre de jeunes avec l’Allemagne, hors cadre scolaire : jeunes de 3 à 30 ans, au moins quatre jours, demande au plus tard trois mois avant le début. Elle passe par l’AFCCRE ou la FAFA si la commune ou l’association en est membre, sinon directement par l’OFAJ.
  • Mobilité de jeunes avec un autre pays : le volet 1 du Fonds de soutien aux jumelages, pour des jeunes de 3 à 30 ans, sur un dossier déposé par la commune.

Associations et clubs : élargir le cercle

Un comité qui ne compte que des adhérents individuels dépend de leur disponibilité. Les groupes déjà organisés (clubs sportifs, écoles de musique, chorales, associations culturelles ou sociales) apportent leurs membres, leurs bénévoles et leur propre motivation, et ils retrouvent des homologues dans la ville partenaire. L’AFCCRE conseille de commencer par eux, à condition de les convaincre de l’intérêt d’un échange et de les aider sur la logistique et l’interculturel.

L’AFCCRE suggère aussi d’élargir les thèmes : chercher des pratiques sportives, culturelles ou associatives inconnues dans la ville partenaire, ou célébrer ensemble la Journée de l’Europe, le 9 mai. Trois moyens permettent de faire entrer les associations.

  • Ouvrir les statuts aux personnes morales, pour qu’une association locale puisse adhérer en tant que telle.
  • Organiser une rencontre entre responsables associatifs des deux villes avant tout échange de groupes.
  • Réunir, avec l’élu délégué, une commission extra-municipale où siègent associations, représentants des jeunes et agents chargés des relations internationales, comme le propose l’AFCCRE.

Un projet commun plutôt qu’une visite de plus

Les premiers échanges d’un jumelage suivent une relation d’hôte à invité : on se reçoit, on se découvre. L’AFCCRE insiste sur l’étape suivante, le «faire ensemble » : un projet mené par les deux communes, avec un résultat que chacun peut voir. Échanges d’expériences entre services municipaux, réalisation commune, action de solidarité menée à deux : ces projets confrontent les méthodes de travail et approfondissent la relation.

Le Fonds de soutien aux jumelages pousse dans ce sens. Son volet 2 finance des projets intergénérationnels qui réunissent au moins deux tranches d’âge et doivent produire un résultat concret pour le jumelage. Un tel projet donne une raison de venir aux habitants qui ne se reconnaissent pas dans les visites officielles.

Pour les jumelages franco-allemands, le Fonds citoyen franco-allemand a ouvert pour 2025 un accompagnement intitulé «Les jumelages de demain », proposé à dix jumelages : six ateliers en ligne animés par des experts, sur des thèmes comme la mobilisation de nouveaux membres ou la coopération locale, avec une candidature en tandem, un représentant par ville. Pour une éventuelle nouvelle édition, l’AFCCRE est l’interlocuteur en France.

Le numérique : préparer la rencontre, pas la remplacer

Les outils numériques allègent la charge du bureau et entretiennent le lien entre deux visites : une réunion à distance entre les deux bureaux chaque trimestre, un groupe de messagerie pour les familles d’accueil, une page à jour sur le site de la commune avec le calendrier des échanges et un bulletin d’adhésion. Pour les classes, l’OFAJ propose des outils d’échange en ligne, comme Tele-Tandem.

Ils ne remplacent pas la rencontre. Le programme européen CERV, par exemple, ne compte pas les participants en ligne dans le seuil des cinquante participants exigé pour un projet de jumelage de villes.

Un fichier d’adhérents et de familles d’accueil est un traitement de données personnelles, même tenu sur un simple tableur. La CNIL demande aux associations de définir à quoi sert le fichier, de ne collecter que les données nécessaires, d’informer les personnes dès la collecte et de fixer une durée de conservation limitée. Les informations de santé d’un enfant, une allergie par exemple, se recueillent avec l’accord de son représentant légal.

L’anniversaire, un point d’appui pour la relance

Un anniversaire du jumelage, dix, vingt-cinq ou cinquante ans, donne une date, une raison de mobiliser et un argument auprès de la commune et des financeurs. Il permet de retrouver les signataires ou leurs successeurs, de relire ou de renouveler la charte, et de confier une part du programme à la génération suivante. Il se prépare avec le partenaire, et assez tôt pour déposer les dossiers de financement : un projet présenté au programme européen CERV se dépose l’année qui précède les rencontres.

Attention à ne pas tout miser dessus : un anniversaire réussi suivi de trois années creuses ne relance rien. Il sert de point de départ au plan sur trois ans, pas de point d’orgue.

Comment financer la relance ?

Les dispositifs existent. Ils supposent un calendrier tenu, car tous se demandent avant les rencontres. Le détail des plafonds, des pièces et des dates figure dans notre guide sur le financement d’un échange de jumelage.

  • Fonds de soutien aux jumelages du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères : seule la commune dépose, en priorité les communes de moins de 10 000 habitants, pour 5 000 € au plus par projet. La session en cours est ouverte jusqu’au 31 janvier 2027.
  • OFAJ pour les rencontres de jeunes avec l’Allemagne, et Fonds citoyen franco-allemand pour les projets franco-allemands qui réunissent surtout des adultes ou plusieurs générations.
  • CERV, le programme européen, pour les rencontres d’au moins cinquante participants, dont vingt-cinq venus d’un autre pays.
  • La subvention municipale, appuyée sur la convention entre la commune et le comité et sur le compte rendu financier annuel.

Sources

Qui a écrit ce guide

Gharib Benabid

Fondateur et gérant

« Créer les conditions qui permettent aux autres de réussir. »

Livre blanc SOST’N

Il arrive en Île-de-France en 2003 par un service jeunesse. Suivent une fédération d’associations, un cabinet d’élu au Conseil départemental du Val-de-Marne, puis la direction d’un cabinet de collectivité. Plus de vingt ans du côté de ceux qui commandent un événement public, avant de le produire.

Au service jeunesse, il devient responsable adjoint. Au-delà des missions administratives, il apprend à travailler avec les collectivités, les partenaires institutionnels, les associations et les familles, et découvre le fonctionnement concret des politiques publiques de proximité.

Une fédération d’associations le conduit ensuite au développement de structures d’accueil pour des jeunes en difficulté sociale ou éducative. C’est là qu’il se spécialise dans la politique de la ville et les quartiers prioritaires, et qu’il prend l’habitude de coordonner des équipes pluridisciplinaires.

Au cabinet d’élu, il découvre les exigences du pilotage politique : concilier vision stratégique, contraintes budgétaires et réalités de terrain. Comme chef de cabinet, il coordonne les événements institutionnels, gère des situations sensibles, travaille dans l’urgence et garantit une organisation irréprochable.

Autodidacte, titulaire d’un DEUG en communication et médiation culturelle, il tient l’expérience pour la plus exigeante des écoles. SOST’N n’est pas une rupture dans ce parcours : « au fond, mon métier n’a jamais changé ».

Rugby de six à quarante-quatre ans ; aujourd’hui dirigeant bénévole d’un club.

  1. Service jeunesseResponsable adjoint, Île-de-France
  2. Fédération d’associationsPolitique de la ville, quartiers prioritaires
  3. Cabinet d’éluConseil départemental du Val-de-Marne
  4. Chef de cabinetCommunication et événements institutionnels

Guide du jumelage

Un temps fort pour relancer votre jumelage ?

Anniversaire, accueil d’une délégation, rencontre de jeunes, voyage chez le partenaire : SOST’N organise la logistique du temps fort qui remobilise le comité, avec la commune et dans le cadre fixé par vos financeurs.