Quand le décret n° 89-655 s’applique-t-il ?
Son article 1er le dit en une phrase : les cérémonies publiques sont celles organisées sur ordre du Gouvernement ou à l’initiative d’une autorité publique. Les vœux du maire, l’inauguration d’une école, la signature d’une charte de jumelage ou une commémoration en relèvent dès lors que la commune les organise.
Une soirée organisée par une association, une entreprise ou une fédération n’est pas une cérémonie publique au sens du décret. Rien n’empêche d’en suivre la logique quand des élus et des représentants de l’État y sont reçus : c’est ce qu’ils attendent, et ce que leurs cabinets vérifient.
Tout ce qui sert à une commune tient dans le titre Ier : les rangs (articles 2 à 12), la représentation des autorités (articles 13 à 15), le placement et le déroulé (articles 16 à 19).
Dans quel ordre l’article 3 range-t-il les autorités ?
Hors de Paris, qui a sa propre liste à l’article 2, l’article 3 classe les autorités en trente-trois rangs. Voici ceux qu’une commune rencontre le plus souvent, avec leur numéro dans le décret :
- 1° Le préfet, représentant de l’État dans le département.
- 2° Les députés.
- 3° Les sénateurs.
- 4° Les représentants au Parlement européen.
- 5° Le président du conseil régional.
- 6° Le président du conseil départemental.
- 7° Le maire de la commune où se déroule la cérémonie.
- 8° Les généraux commandant la région terre, la région aérienne et la région de gendarmerie, l’amiral commandant la région maritime.
- 14° et 15° Les membres du conseil régional, puis ceux du conseil départemental.
- 20° Le sous-préfet dans son arrondissement, le secrétaire général de la préfecture, le directeur de cabinet du préfet.
- 22° Les chefs des services déconcentrés de l’État, le délégué militaire départemental, le commandant de groupement de gendarmerie départementale.
- 26° Les conseillers municipaux de la commune où se déroule la cérémonie.
Pourquoi le maire passe-t-il devant les parlementaires chez lui ?
Parce que l’article 9 le prévoit : dans les cérémonies publiques qui ne sont pas prescrites par ordre du Gouvernement, l’autorité invitante occupe le deuxième rang, après le représentant de l’État. Le maire qui reçoit passe ainsi du septième au deuxième rang ; les parlementaires et les présidents des exécutifs régional et départemental se rangent après lui. Lorsque l’invitation émane d’un corps, seul son chef bénéficie de cette règle.
Le représentant de l’État est le préfet. En l’absence d’un ministre ou du préfet, le sous-préfet occupe dans son arrondissement le rang du représentant de l’État (article 11). Sans membre du Gouvernement, seul le préfet peut représenter le Gouvernement ; hors du chef-lieu de région, le préfet de région n’a pas préséance sur le préfet du département (article 15).
L’article 9 ne joue pas pour les cérémonies prescrites par ordre du Gouvernement. Avant une commémoration nationale, demandez au cabinet du préfet comment il la qualifie : si elle est prescrite, le maire reprend son rang de l’article 3.
Où placer le président de l’intercommunalité, les adjoints et les maires voisins ?
L’article 18 laisse la main à l’autorité invitante : selon la nature et l’objet de la cérémonie, des personnalités françaises ou étrangères que le décret ne mentionne pas peuvent prendre place parmi les autorités, en fonction de leur qualité. Les autorités listées conservent entre elles l’ordre que le décret leur donne.
Le président de l’intercommunalité. Pour le ministère de l’Intérieur, qui a répondu en 2017 à un député, il « pourra être placé après le maire de la commune dans laquelle se déroule la cérémonie », faute de mandat lui conférant un rang supérieur. Le guide du ministère sur le protocole, relayé par l’Association des maires de France en 2020, le place immédiatement après le maire, quelle que soit l’autorité qui invite. Si l’intercommunalité invite elle-même, pour un équipement communautaire, l’article 9 peut conduire à une autre lecture : faites arbitrer par le cabinet du préfet.
Les maires des communes voisines. Le décret ne les mentionne pas. Le ministère a précisé en 2024 qu’un maire invité par son homologue peut, par courtoisie, être placé à ses côtés dans la ligne officielle. Un élu qui détient plusieurs mandats peut siéger au titre de l’un d’eux : un conseiller régional, maire d’une autre commune, peut occuper le quatorzième rang qui lui revient comme conseiller régional.
Les adjoints. Ils sont membres du conseil municipal, que le décret range au 26e rang. Un adjoint ne prend le rang du maire que lorsqu’il le représente (article 14).
Un rang peut-il se déléguer ?
Non. L’article 13 est net : « Les rangs et préséances ne se délèguent pas. » Le représentant d’une autorité occupe le rang de son propre grade ou de sa propre fonction, pas celui de l’autorité qu’il représente. Seuls les représentants du Président de la République échappent à la règle. Celui qui exerce une fonction par intérim, ou dans le cadre d’une suppléance statutaire, a en revanche droit au rang du titulaire.
L’article 14 prévoit des exceptions précises. Un vice-président d’un conseil régional ou d’un conseil départemental qui représente son président, et un adjoint qui représente le maire, occupent le rang de l’autorité représentée. La même exception vaut pour un vice-président de l’Assemblée nationale ou du Conseil économique, social et environnemental, et pour certains représentants des plus hautes juridictions.
- Le collaborateur d’un député n’a pas de rang dans le décret : il ne s’assoit pas à la place du député.
- Un conseiller départemental qui représente le président du conseil départemental, sans être vice-président, garde le rang des conseillers départementaux (15°).
- Un vice-président qui représente le président du conseil régional prend le rang de celui-ci.
Dans quel ordre donner la parole ?
L’article 19 règle le déroulé en trois phrases. La cérémonie ne commence que lorsque l’autorité de premier rang a rejoint sa place. Elle arrive la dernière et se retire la première. Les allocutions sont prononcées dans l’ordre inverse des préséances : on commence par l’autorité du rang le moins élevé, on termine par la plus haute.
Le rang est dû, la parole ne l’est pas. Interrogé en 2024 par un député, le ministère de l’Intérieur a confirmé que le rang d’un parlementaire « lui revient de droit et ne saurait lui être refusé », mais qu’il revient à l’autorité organisatrice de fixer les prises de parole en fonction des usages locaux. Arrêtez la liste des orateurs et leur durée avec chaque cabinet, au plus tard une semaine avant.
Exemple : une inauguration organisée par la commune, en présence du sous-préfet, d’une sénatrice et du président du conseil départemental. L’ordre des préséances est le sous-préfet (article 11), le maire (article 9), la sénatrice, le président du conseil départemental. Si chacun s’exprime, la parole circule ainsi :
Le président du conseil départemental
Sixième rang de l’article 3, il ouvre les allocutions.
La sénatrice
Troisième rang de l’article 3, elle parle après lui.
Le maire
Deuxième rang, au titre de l’autorité invitante.
Le sous-préfet
Représentant de l’État dans son arrondissement, il parle en dernier.
Comment placer les autorités en tribune, au premier rang et à table ?
L’article 16 prévoit trois configurations. Côte à côte, l’autorité à qui la préséance est due se tient au centre ; les autres se placent alternativement à sa droite puis à sa gauche, du centre vers l’extérieur. De part et d’autre d’une allée centrale, la première autorité se tient à la gauche de la travée de droite, la deuxième à la droite de la travée de gauche ; les suivantes se placent rangée par rangée, alternativement à droite puis à gauche, du centre vers l’extérieur. Avec de nombreuses autorités militaires, si l’objet de la cérémonie le justifie, les civils se placent à droite et les militaires à gauche.
Le décret ne règle pas le plan de table d’un déjeuner officiel. L’usage en transpose la logique : l’hôte préside, la personnalité de premier rang à sa droite, la suivante à sa gauche. Lors d’un repas avec une délégation, l’usage donne au maire de la ville jumelée la place d’honneur, à la droite du maire qui reçoit.
- Un plan de placement dessiné, rang par rang, annexé au conducteur.
- Des cartons nominatifs portant le titre exact de chaque autorité, vérifié auprès de son cabinet.
- Des places de réserve au premier rang, pour une autorité qui arrive sans avoir répondu.
Comment placer une délégation étrangère ?
Le décret prévoit deux règles. Les ambassadeurs étrangers invités prennent place, hors de Paris, après le représentant de l’État (article 17). Les autres personnalités étrangères, dont le maire d’une ville jumelée et sa délégation, sont placées par l’autorité invitante en fonction de leur qualité (article 18), sans modifier l’ordre des autorités françaises entre elles.
Demandez à la ville partenaire la fonction exacte de chaque membre de la délégation, par écrit : un adjoint, un conseiller municipal et un président de comité ne se placent pas de la même façon. Si le maire partenaire est placé juste après le maire hôte, l’ordre inverse le fait parler avant lui. Avec une interprétation consécutive, chaque allocution prend à peu près le double de son temps : raccourcissez les textes. Pour les drapeaux et les hymnes, voyez le guide consacré à l’accueil d’une délégation étrangère.
Qu’est-ce qui change lors d’une cérémonie patriotique ?
Le principe reste le même, et il s’étend aux gerbes. Le guide du ministère de l’Intérieur, tel que l’a relayé l’Association des maires de France en 2020, l’applique aux commémorations : prises de parole et dépôts de gerbes suivent l’ordre inverse des préséances. Le préfet dépose sa gerbe en dernier, puis salue l’ensemble des gerbes ; viennent ensuite la minute de silence et La Marseillaise.
Des dépôts simultanés peuvent être organisés, à condition de préserver la place de l’État en dernier. Pendant la séquence officielle, seules les autorités publiques et les organisations d’anciens combattants déposent une gerbe ; les partis politiques et les syndicats attendent la fin de la cérémonie. Réglez à l’avance avec le cabinet du préfet la place du maire, puisque l’article 9 ne vaut que pour les cérémonies non prescrites par le Gouvernement.
Quelles erreurs éviter ?
Elles tiennent presque toutes à une règle mal lue ou à une réponse arrivée trop tard.
- Faire parler le préfet en premier par déférence : la plus haute autorité parle en dernier (article 19).
- Commencer avant que l’autorité de premier rang ait rejoint sa place (article 19).
- Placer les parlementaires devant le maire dans une cérémonie municipale : chez lui, l’autorité invitante est deuxième (article 9).
- Donner à un représentant le rang de l’autorité qu’il représente, hors des exceptions de l’article 14.
- Promettre la parole à chaque élu présent : le rang est dû, la parole est fixée par l’organisateur.
- Travailler sur une liste de rangs antérieure au 1er mars 2024.
- Saluer dans un discours une autorité qui n’est pas venue : la liste des salutations se fige la veille, d’après les réponses reçues, dans l’ordre décroissant des préséances.
Sources
- Décret n° 89-655 du 13 septembre 1989 relatif aux cérémonies publiques, préséances, honneurs civils et militaires, version consolidée (Légifrance) (nouvelle fenêtre)
- Question écrite n° 100303 de M. Éric Elkouby et réponse du ministère de l’Intérieur sur le rang des présidents d’intercommunalité, JO du 28 février 2017 (Assemblée nationale) (nouvelle fenêtre)
- Question écrite n° 13806 de M. Christophe Bentz, « Rang protocolaire des élus ayant plusieurs mandats », et réponse du ministère de l’Intérieur, JO du 9 avril 2024 (Assemblée nationale) (nouvelle fenêtre)
- Question écrite n° 10285 de M. Julien Rancoule, « Prise de parole du parlementaire aux cérémonies publiques », et réponse du ministère de l’Intérieur, JO du 9 avril 2024 (Assemblée nationale) (nouvelle fenêtre)
- 18 juin, 14 juillet, 11 novembre : quel protocole les maires doivent-ils suivre pendant les cérémonies ?, Maire-info, 10 juin 2020 (Association des maires de France) (nouvelle fenêtre)
