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Guide des collectivités

Accueil d’une délégation étrangère en mairie : formalités, protocole et programme

Accueillir une délégation étrangère en mairie se prépare trois à six mois à l’avance, et commence par les formalités : selon leur nationalité, les visiteurs ont besoin d’un visa de court séjour, et ceux qui logent chez l’habitant d’une attestation d’accueil validée par le maire, sauf dispense. Viennent ensuite le programme, arrêté avec la ville partenaire, l’hébergement, l’interprétariat et la réception officielle. Le protocole suit le décret n°89-655 du 13 septembre 1989, qui permet au maire de placer les personnalités étrangères parmi les autorités. Aucun texte n’impose ni n’interdit de pavoiser aux couleurs du pays invité : l’usage place son drapeau à côté du drapeau français, le temps de la visite.

  • Par Gharib Benabid, fondateur et gérant
  • Mis à jour le 
  • 10 min de lecture

Visa, attestation d’accueil : quelles formalités pour les visiteurs ?

Tout dépend de la nationalité des visiteurs et du type de leur passeport. Les ressortissants de l’Union européenne circulent avec leur carte d’identité ou leur passeport. Pour les autres, l’Assistant Visa du site France-Visas indique si un visa de court séjour est exigé. Ce visa couvre une durée de trois mois au plus. La demande se dépose auprès du service des visas, avec des justificatifs d’hébergement, de ressources et d’assurance médicale ; les droits ne sont pas remboursés en cas de refus. Le passeport doit avoir été délivré depuis moins de dix ans, rester valide trois mois après la fin du visa et compter deux pages vierges.

L’attestation d’accueil concerne les visiteurs non européens hébergés chez un particulier pour une visite privée ou familiale de moins de trois mois. C’est l’hébergeant, donc la famille d’accueil, qui la demande en personne à la mairie de son domicile, avec 30 € de timbres fiscaux, dus même en cas de refus. Le maire dispose d’un mois pour répondre ; son silence vaut refus. L’attestation est validée avant la demande de visa, puis envoyée au visiteur.

Service-public.fr range l’échange culturel parmi les cas où aucune demande n’est à faire. Vérifiez-en les conditions avec le service de l’état civil et le consulat avant d’en dispenser les familles : un dossier de visa incomplet ne se rattrape pas la veille du départ.

Comment construire le programme de la visite ?

Le programme s’écrit à deux, avec la ville partenaire, et se fige avant les réservations. Il alterne temps officiels et temps partagés : une délégation qui ne voit que des salons repart sans avoir rencontré la commune. Si l’accueil est financé par le Fonds de soutien aux jumelages, le projet se construit conjointement avec la commune partenaire et ne peut pas commencer avant l’annonce des résultats de la session.

  1. Six mois avant : dates, format, budget

    Effectif, publics (élus, comité de jumelage, jeunes, associations), partage des rôles entre la commune et le comité, demandes de subvention.

  2. Trois mois avant : le programme jour par jour

    Horaires, lieux, intervenants, temps libres. Réservation des transports locaux, des salles et des repas.

  3. Deux mois avant : la liste nominative

    Régimes alimentaires, traitements, besoins d’accessibilité, répartition dans les familles d’accueil ou les chambres d’hôtel.

  4. Un mois avant : le protocole

    Autorités invitées, ordre des allocutions, drapeaux, cadeaux, textes à traduire.

  5. La semaine avant : verrouiller

    Conducteur minuté, livret bilingue, numéros d’urgence, répétition de la réception en mairie.

Comment organiser l’accueil à l’arrivée ?

Une délégation qui arrive après une longue route attend trois choses : être reconnue, savoir où elle dort, savoir ce qui se passe ensuite. Envoyez à sa rencontre un membre du comité qui parle sa langue, avec la liste nominative pour compter les présents. Le premier soir, un temps court et informel vaut mieux qu’une réception : la réception officielle se tient le lendemain.

  • Un livret bilingue : programme, adresses, plan, numéros joignables jour et nuit.
  • Un badge nominatif dans les deux langues, qui distingue élus, membres du comité et jeunes.
  • Un référent par groupe, connu de tous dès la descente du car.
  • La répartition dans les familles ou les chambres, vérifiée la veille.
  • Une solution pour les retards : un car qui attend, un contact à la gare ou à l’aéroport.

Familles d’accueil ou hôtel : comment loger la délégation ?

L’hébergement chez l’habitant est la forme historique du jumelage : il crée les liens qui font durer un partenariat. Le règlement du Fonds de soutien aux jumelages invite à le privilégier, et le fonds peut prendre en charge l’hébergement et les repas d’un groupe accueilli en France, sur la base de 100 € par nuitée et 25 € par repas.

Il demande du temps : apparier invités et familles selon l’âge, la langue, les allergies, la présence d’animaux ; réunir les familles avant l’arrivée ; garder des familles de réserve. Pour un visiteur non européen, chaque famille demande l’attestation d’accueil si aucune dispense ne s’applique.

L’hôtel convient aux délégations officielles courtes, ou quand les familles manquent. Tout loueur d’hébergement touristique fait remplir et signer à chaque client étranger, ressortissants de l’Union européenne compris, une fiche individuelle de police, qu’il conserve six mois. Prévenez la délégation : pour un groupe, la formalité allonge la remise des clés.

Comment organiser l’interprétariat ?

Pour les temps officiels, discours, signature, visite commentée, il faut un interprète. Pour le reste de la visite, les membres bilingues du comité et les familles suffisent souvent.

L’interprétation consécutive, phrase par phrase, convient aux discours courts et aux réceptions ; elle double la durée de la parole, ce que le conducteur doit prévoir. L’interprétation simultanée, avec casques, s’impose dès que les échanges s’allongent, par exemple pour une table ronde entre les deux délégations.

Les discours partent chez l’interprète plusieurs jours avant, avec les noms propres et les titres exacts. Si le maire veut dire quelques phrases dans la langue de ses invités, faites-les écrire et relire par l’interprète. Les supports écrits suivent la même règle : programme, menus, livret et signalétique dans les deux langues, relus par un locuteur natif.

Préséances, drapeaux, hymnes : quelles règles s’appliquent ?

Le décret n°89-655 du 13 septembre 1989 fixe l’ordre des autorités dans les cérémonies publiques. Il ne donne pas de rang au maire d’une ville étrangère, mais son article 18 permet à l’autorité invitante de placer parmi les autorités des personnalités qui n’y sont pas mentionnées, selon leur qualité. Le maire qui reçoit occupe le deuxième rang, après le représentant de l’État (article 9) ; un ambassadeur étranger prend place après le représentant de l’État (article 17). L’usage donne au maire de la ville jumelle la place d’honneur, à la droite du maire.

Aucun texte n’impose de pavoiser une mairie, et aucun n’interdit expressément d’y arborer un drapeau étranger : le ministère de la Justice l’a rappelé dans une réponse publiée le 21 avril 2026. Le principe de neutralité du service public proscrit en revanche les signes qui revendiquent une opinion politique, et chaque situation s’apprécie au cas par cas. Le guide du ministère de l’Intérieur à l’usage des maires décrit la tradition : lors de la visite de personnalités étrangères, le drapeau du pays invité est disposé à côté du drapeau français, de manière temporaire. Si le pays partenaire est partie à un conflit en cours, consultez le cabinet du préfet : la même réponse ministérielle rapporte que des tribunaux administratifs ont suspendu ou annulé de tels pavoisements.

Pour les hymnes, le ministère de l’Intérieur admet que l’hymne européen soit joué lors d’une cérémonie non militaire, comme un jumelage, à condition que La Marseillaise le soit aussi, en dernier. Si l’hymne du pays partenaire est joué, tenez le même ordre.

Comment se déroule la réception officielle en mairie ?

C’est le temps fort protocolaire de la visite, en présence du conseil municipal, du comité de jumelage et des familles d’accueil. Le maire accueille la délégation à l’entrée de la mairie, avec le président du comité. Fixez l’ordre des allocutions avec la ville partenaire et écrivez-le dans le conducteur ; si le représentant de l’État s’exprime, il parle en dernier, puisque les allocutions suivent l’ordre inverse des préséances (article 19).

Ce qui se signe se prépare : renouvellement de la charte de jumelage, convention d’échange scolaire, déclaration commune. Les deux versions du texte sont arrêtées avant l’arrivée et imprimées en autant d’originaux que de signataires.

  • Accueil à l’entrée, signature du livre d’or.
  • Installation des autorités selon le plan de tribune.
  • Allocutions interprétées, dans l’ordre convenu.
  • Signature éventuelle, puis échange des cadeaux.
  • Photographie officielle, puis verre de l’amitié.

Quels cadeaux protocolaires offrir, et que faire de ceux qu’on reçoit ?

Le cadeau de la commune dit quelque chose du territoire : l’objet d’un artisan local, un ouvrage sur l’histoire de la ville, l’œuvre d’un artiste de la commune. Sa valeur reste modeste, puisqu’il est payé sur fonds publics. Vérifiez qu’il voyage : poids, fragilité, restrictions sur les liquides et les objets coupants en cabine. Le comité partenaire sait ce qui honore chez lui et ce qui gêne.

Côté élus, l’article L1111-13 du code général des collectivités territoriales, issu de la loi du 22 décembre 2025 portant création d’un statut de l’élu local, oblige l’élu à déclarer, dans un registre tenu par la collectivité, les dons, avantages et invitations dont il a bénéficié en raison de son mandat et dont il estime la valeur supérieure à 150 euros. Les cadeaux d’usage en sont exclus, comme les déplacements effectués à l’invitation des autorités publiques françaises. Une invitation de la ville jumelle à lui rendre visite n’entre pas dans cette exception.

Assurance et sécurité : que vérifier avant l’arrivée ?

Trois contrats se croisent : celui de la commune pour les temps qu’elle organise, celui du comité de jumelage pour les activités qu’il conduit, celui des familles pour l’accueil à domicile. Faites confirmer par écrit à chaque assureur que l’accueil d’une délégation étrangère entre dans la garantie de responsabilité civile.

Les visiteurs de l’Union européenne voyagent avec leur carte européenne d’assurance maladie : elle couvre les soins qui ne peuvent attendre leur retour, auprès des prestataires du système public, mais ni les soins privés ni le rapatriement. Demandez à chacun une assurance qui les couvre. Pour les visiteurs non européens hébergés chez l’habitant, l’attestation d’accueil exige une assurance couvrant les soins à hauteur de 30 000 € au moins.

  • Une liste nominative à jour, comptée à chaque montée dans le car.
  • Un numéro d’astreinte joignable jour et nuit, connu de toute la délégation.
  • Les coordonnées du consulat ou de l’ambassade du pays partenaire.
  • Pour une délégation conduite par des officiels, une information du cabinet du préfet, qui décide s’il se fait représenter.

Comment organiser le départ et le suivi ?

Le départ se prépare comme l’arrivée : heure de rendez-vous confirmée la veille, bagages chargés avant les adieux, liste comptée, repas pour la route si le trajet est long. Dans la semaine, le maire écrit à son homologue, le comité remercie les familles et les partenaires, et les photographies circulent entre les deux comités, avec l’accord des personnes qui y figurent.

  • Participation : présents, désistements, familles mobilisées.
  • Coût réel, poste par poste, rapproché du budget et des subventions.
  • Incidents et ajustements pour le prochain accueil.
  • Suites avec la ville partenaire : visite retour, projet commun, anniversaire du jumelage.

Sources

Qui a écrit ce guide

Gharib Benabid

Fondateur et gérant

« Créer les conditions qui permettent aux autres de réussir. »

Livre blanc SOST’N

Il arrive en Île-de-France en 2003 par un service jeunesse. Suivent une fédération d’associations, un cabinet d’élu au Conseil départemental du Val-de-Marne, puis la direction d’un cabinet de collectivité. Plus de vingt ans du côté de ceux qui commandent un événement public, avant de le produire.

Au service jeunesse, il devient responsable adjoint. Au-delà des missions administratives, il apprend à travailler avec les collectivités, les partenaires institutionnels, les associations et les familles, et découvre le fonctionnement concret des politiques publiques de proximité.

Une fédération d’associations le conduit ensuite au développement de structures d’accueil pour des jeunes en difficulté sociale ou éducative. C’est là qu’il se spécialise dans la politique de la ville et les quartiers prioritaires, et qu’il prend l’habitude de coordonner des équipes pluridisciplinaires.

Au cabinet d’élu, il découvre les exigences du pilotage politique : concilier vision stratégique, contraintes budgétaires et réalités de terrain. Comme chef de cabinet, il coordonne les événements institutionnels, gère des situations sensibles, travaille dans l’urgence et garantit une organisation irréprochable.

Autodidacte, titulaire d’un DEUG en communication et médiation culturelle, il tient l’expérience pour la plus exigeante des écoles. SOST’N n’est pas une rupture dans ce parcours : « au fond, mon métier n’a jamais changé ».

Rugby de six à quarante-quatre ans ; aujourd’hui dirigeant bénévole d’un club.

  1. Service jeunesseResponsable adjoint, Île-de-France
  2. Fédération d’associationsPolitique de la ville, quartiers prioritaires
  3. Cabinet d’éluConseil départemental du Val-de-Marne
  4. Chef de cabinetCommunication et événements institutionnels

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